Dans l'enfer de San Siro, l'équipe de France sera orpheline samedi de Raymond Domenech, qui devrait être perdu dans les tribunes de l'immense et impressionnante enceinte milanaise. Le sélectionneur des Bleus sera surveillé de près par les assistants de l'UEFA et il ne pourra en aucun cas communiquer avec ses adjoints. Les joueurs croisés mardi à Clairefontaine estiment que l'absence de leur coach sur le banc ne sera pas déstabilisante.
La suspension de Raymond Domenech le prive de banc, de vestiaire et de communication, « ce qui veut dire qu'il n'a pas le droit d'utiliser d'oreillette ou de transmettre des informations avec son staff » nous a indiqué l'UEFA. « A partir de son arrivée au stade, il n'aura plus de possibilité d'intervention auprès de l'équipe », précise un porte-parole de la confédération européenne. Sera-t-il surveillé et sanctionné s'il outrepasse cette consigne de sa place en tribune ? « Bien sûr » dit l'UEFA. Le précédent de José Mourinho, qui avait transmis quelques consignes par SMS lors de sa suspension avec Chelsea, au printemps 2005, enseigne le contraire. « Dans cette histoire, tout n'avait pas été fait dans les règles de l'art, et Mourinho avait été très habile sur le moment », reconnaît-on à Nyon. Il n'est, de toute façon, pas dans l'intention de Raymond Domenech d'outrepasser ses droits, ni de chercher à échapper à la pression populaire milanaise en restant à l'hôtel. «Je pourrai envoyer des SMS mais je ne sais comment ça marche», a assuré le sélectionneur, qui mise plutôt sur «la transmission de pensée».
Les cadres vont prendre le relais
Pour les joueurs de l'équipe de France, cette suspension ne devrait pas nuire à leur prestation. Ils l'ont tous tour à tour confirmé, à quelques nuances près. « Le rôle du coach est vraiment très important, estime Ribéry. L'avoir avec nous dans le vestiaire et sur le banc, c'est toujours mieux. Mais il faut bien avouer qu'il nous arrive le plus souvent de faire abstraction du banc. On ne pense pas toujours au coach. On joue et on n'attend pas qu'il nous dise comment faire. Il faudra avant tout faire avec. » Même son de cloche chez Julien Escudé, qui a déjà vécu ce même cas de figure une fois à Rennes, sous l'ère Vahid Halilhodzic. «Cela peut avoir de l'importance mais pas toujours. Pour nous, cela ne va pas changer grand-chose. Quand on va tourner la tête, on ne le verra pas sur le banc. Mais bon, on profitera de lui toute la semaine, pour l'approche du match.» Pour le défenseur du FC Séville, la semaine de préparation sera donc d'autant plus fondamentale. « On va essayer de tout planifier avant ».
« Honnêtement, ça ne fera pas de différence. Le staff va bien gérer les choses», a expliqué pour sa part Lassana Diarra, conscient lui aussi de l'important travail à effectuer en amont. «On est tous un peu déçus, mais on doit se concentrer sur le travail à faire dans la semaine avant. Je suis là pour faire ce que j'ai à faire. Je suis joueur, je me concentre sur le match. Pas pour entrer dans les polémiques à côté du match», a ajouté le joueur d'Arsenal. L'exil forcé du sélectionneur va obliger les joueurs à une véritable autogestion. La parole sera prise par les anciens, ceux dont l'expérience des grands rendez-vous est une aide précieuse et inestimable. «Heureusement, dans l'équipe, il y a des joueurs avec beaucoup d'expérience, confirme Ribéry. Comme d'habitude, ils seront présents. Ils prendront les choses en main, comme ils savent le faire. Avant le match, ils auront les mots qu'il faudra », assure-t-il. Le milieu du Bayern Munich n'oublie pas pour autant le rôle fondamental de l'entraîneur adjoint, Pierre Mankowski. « Pierre est là aux entraînements et aux échauffements. Il nous connaît bien et sait ce qu'il faut faire. Il prendra la place du coach.»